Jean-Thomas Trojani | La France, un grand site archéologique

Et pourquoi pas tenter sa chance pour trouver son propre pactole, même en France.Pour un montant bien plus modeste, un couple a ainsi mis, fin juin, la main sur un ensemble de pièces datant du XVIIème siècle. Tomber sur un pactole, même en France, c’est donc bel et bien possible. “On en voit toutes les semaines”, assure même David Cuisine, vendeur de détecteurs de métaux en région parisienne. Nombre d'”Indiana Jones” du dimanche se munissent ainsi de détecteurs de métaux pour sonder les champs, les abords de rivières ou les arbres indiqués par les anciens des villages.De même, un site privé ne peut pas être prospecté sans l’accord du propriétaire et si un tout objet ancien trouvé doit être signalé.Or, les objets trouvés dans le sol permettent notamment aux archéologues d’établir la datation de certaines découvertes.L’activité est très réglementée. Sur le sujet, la loi reste stricte. “Nul ne peut utiliser du matériel de détection d’objets métalliques, à l’effet de recherches de monuments et d’objets pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art ou l’archéologie” sans autorisation préalable, indique ainsi le texte de 1989 toujours en vigueur.Toutefois, arguant la recherche d’objets perdus par leur propriétaire ou bien la mise à jour de canalisations, nombre de prospecteurs les utilisent en fait pour trouver des pièces d’or ou d’autres objets précieux.Ce prospecteur passionné et rédacteur du bulletin “Le Fouilleur” assure que parmi les 10.000 membres de son forum, certains ont “inventé” – selon le terme usité –  des trésors évalués à 300.000 euros.Ces machines coûtant entre 500 et 1.100 euros sont ainsi loin d’être utilisées par les seuls prospecteurs de plages qui fouillent le sable après le passage des estivants.Ne sont d’ailleurs pas les plus intéressantes puisqu’elles sont plus nombreuses sur le marché que les monnaies datant du Moyen-âge. Si les prospecteurs se justifient en assurant que les détecteurs ne fonctionnent pas au-delà de 20 cm du sol, cette limite ne les empêche pas de creuser le sol – ce qu’ils n’ont pas le droit de faire, signale Jean-Paul Jacob. Emeraudes, diamants, statues serties de pierres précieuses enfouies sous des montagnes d’or… le fabuleux trésor redécouvert en Inde la semaine dernière et estimé à 14 milliards d’euros a de quoi faire rêver. “La France est un grand site archéologique”, reconnaît ce dernier, mais son exploitation n’est pas sans risque. Sur les 2.000 sites de fouilles ouverts par l’Inrap en France, certains font l’objet de convoitise et attirent même les pilleurs. L’utilisation non autorisée d’un détecteur peut coûter 1.500 euros d’amende et l’exécution de fouilles archéologiques sans autorisation 7.500 euros.La Boutique du Fouilleur, spécialisée dans le domaine, vendrait ainsi quelque 2.500 appareils par an. Alors, en attendant de tomber, par hasard, sur un véritable trésor caché au fond d’une malle de grand-mère, il est plutôt conseillé aux férus d’histoire et autres passionnés de légendes de s’inscrire dans un club d’archéologie.Pour fouiller un lieu public, il faudra donc une autorisation préfectorale. Une pratique que regrette vivement les archéologues qui n’hésitent pas à qualifier ces chercheurs de trésors de “pilleurs”. Au cours de travaux dans la cave de la maison familiale située en plein centre-ville de Millau, ils ont découvert un pot de terre cuite remplie de monnaie. L’histoire a été révélée ce vendredi par un numismate. Prix du butin : 100.000 euros !Les chasses au trésor convaincraient même de plus en plus d’amateurs. Et l’instrument le plus utilisé reste le détecteur de métaux. Pour Jean-Paul Jacob, président de l’Institut national de recherche archéologique préventive (Inrap), ceux qui cherchent ainsi à s’enrichir “appauvrissent les sites car ils recueillent les objets sans précaution scientifique.”Une poignée de prospecteurs, carte anciennes en main, en a même fait une profession. “On peut se faire un ou deux SMIC par mois”, prétend ainsi David Cuisine. Le problème, c’est qu’ils flirtent bien souvent avec l’illégalité.Ces lieux, dont l’emplacement est bien sûr tenu secret par les plus aguerris, regorgeraient de pièces anciennes, dont certaines remontent aux époques gauloises et romaines. Chez les numismates, une pièce mérovingienne peut ainsi se vendre 2.000 ou 3.000 euros.

Jean-Thomas Trojani

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